jeudi 18 mars 2010

Parole du jour
Jn 5, 31-47
(Jeudi 18 mars)

Jésus disait aux Juifs :
« Si je me rendais ce témoignage à moi-même,
mon témoignage ne serait pas vrai ;
il y a quelqu'un d'autre qui me rend témoignage,
et je sais que le témoignage qu'il me rend est vrai.
Vous avez envoyé une délégation
auprès de Jean Baptiste,
et il a rendu témoignage à la vérité.
Moi, je n'ai pas à recevoir le témoignage d'un homme,
mais je parle ainsi pour que vous soyez sauvés.
Jean était la lampe qui brûle et qui éclaire,
et vous avez accepté de vous réjouir un moment à sa lumière.
Mais j'ai pour moi un témoignage plus grand que celui de Jean :
ce sont les œuvres que le Père m'a données à accomplir ;
ces œuvres, je les fais,
et elles témoignent que le Père m'a envoyé.
Et le Père qui m'a envoyé,
c'est lui qui m'a rendu témoignage.
Vous n'avez jamais écouté sa voix,
vous n'avez jamais vu sa face,
et sa parole ne demeure pas en vous,
puisque vous ne croyez pas en moi, l'envoyé du Père.
Vous scrutez les Écritures
parce que vous pensez trouver en elles la vie éternelle ;
or, ce sont elles qui me rendent témoignage,
et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie !
La gloire, je ne la reçois pas des hommes ;
d'ailleurs je vous connais :
vous n'avez pas en vous l'amour de Dieu.
Moi, je suis venu au nom de mon Père,
et vous ne me recevez pas ;
si un autre vient en son propre nom,
celui-là, vous le recevrez !
Comment pourriez-vous croire,
vous qui recevez votre gloire les uns des autres,
et qui ne cherchez pas la gloire qui vient du Dieu unique !
Ne pensez pas que c'est moi qui vous accuserai devant le Père.
Votre accusateur, c'est Moïse,
en qui vous avez mis votre espérance.
Si vous croyiez en Moïse,
vous croiriez aussi en moi,
car c'est de moi qu'il a parlé dans l'Écriture.
Mais si vous ne croyez pas ce qu'il a écrit,
comment croirez-vous ce que je dis ? »

Quel est le témoignage que Jésus est "de Dieu", ce sont les œuvres qu'il accomplit. Ces œuvres sont porteuses de bien : enseignements ... libérations ... guérisons ... bienveillance (Cana) nouveau regard sur Dieu qu'il appelle son "Père" ... L'œuvre en son apogée sera celle de la croix où il montrera son désintéressement - ce qui n'est pas le cas de ses accusateur "qui cherchent leur gloire les uns des autres" - dans le don total qu'il fera de lui-même, librement, pour le salut de ceux-là même qui l'accusent et le crucifie. Dans l'Évangile d'hier, il expliquait : « Amen, amen, je vous le dis : le Fils ne peut rien faire de lui-même, il fait seulement ce qu'il voit faire par le Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement." (Jn 5, 20) Jésus est en pleine "résonance" avec le Père. A travers les œuvres de Salut qu'Il pose, c'est Dieu lui-même qui lui rend témoignage. Et Il laisse entendre que "Les Écritures" le révèlent : "Vous scrutez les Écritures parce que vous pensez trouver en elles la vie éternelle ; or, ce sont elles qui me rendent témoignage" et que c'est de Lui que Moïse a parlé : "Si vous croyiez en Moïse, vous croiriez aussi en moi, car c'est de moi qu'il a parlé dans l'Écriture." Jésus est la clef des Écritures, la pleine révélation. C'est pour cette raison que toute lecture des Écritures doit commencer par les Évangiles. Apprendre à connaître Jésus pour découvrir que toute l'Ecriture parle de Lui en préfiguration où en accomplissement ...

Prière de St Patrice
(395 - +461. Évangélisateur de l'Irlande)
Fête 17 mars

J'avance sur ma route
avec la force de Dieu pour me protéger
la sagesse de Dieu pour me diriger
l'œil de Dieu pour me guider
l'oreille de Dieu témoin de mon langage.

Que la parole de Dieu soit sur mes lèvres.
que la main de Dieu me garde.
que le chemin qui mène à Dieu s'étende devant moi.
que le bouclier de Dieu me protège.
Que l'armée invisible de Dieu me sauve
de toutes les embûches du démon
de tout vice qui pourrait me réduire en esclavage
et de tous ceux qui me veulent du mal
au cours de mon rapide ou long voyage
seul ou avec le multitude.

Christ devant moi
Christ derrière moi
Christ au-dessous de moi
Christ au-dessus de moi
Christ en moi et à mes côtés
Christ autour et alentour
Christ à ma gauche et à ma droite
Christ avec moi le matin et le soir
Christ dans chaque cœur qui pensera à moi
Christ dans chaque regard qui se posera sur moi
Christ dans chaque oreille qui m'écoutera

Sur la route où j'avance ...
J'invoque le pouvoir (d'amour) de la trinité sainte
par ma foi dans le Dieu Trine
Père, Fils et Esprit-Saint,
par ma foi dans la prière
dans la divinité éternelle du Créateur.

mardi 16 mars 2010

Parole du jour
Jn 5, 1-16
(Mardi 16 mars)

Après cela, à l'occasion d'une fête des Juifs,
Jésus monta à Jérusalem.
Or, à Jérusalem, près de la Porte des Brebis,
il existe une piscine qu'on appelle en hébreu Bézatha.
Elle a cinq colonnades,
sous lesquelles étaient couchés une foule de malades :
aveugles, boiteux et paralysés.

Il y en avait un qui était malade depuis trente-huit ans.
Jésus, le voyant couché là,
et apprenant qu'il était dans cet état depuis longtemps,
lui dit : « Est-ce que tu veux retrouver la santé ? »
Le malade lui répondit :
« Seigneur, je n'ai personne pour me plonger
dans la piscine au moment où l'eau bouillonne ;
et pendant que j'y vais, un autre descend avant moi. »
Jésus lui dit : « Lève-toi, prends ton brancard, et marche. »
Et aussitôt l'homme retrouva la santé.
Il prit son brancard : il marchait !
Or, ce jour-là était un jour de sabbat.
Les Juifs dirent à cet homme que Jésus avait guéri :
« C'est le sabbat ! Tu n'as pas le droit de porter ton brancard. »
Il leur répliqua :
« Celui qui m'a rendu la santé, c'est lui qui m'a dit :
'Prends ton brancard, et marche !' »
Ils l'interrogèrent :
« Quel est l'homme qui t'a dit :
'Prends-le, et marche' ? »
Mais celui qui avait été guéri ne le savait pas ;
en effet, Jésus s'était éloigné,
car il y avait foule à cet endroit.
Plus tard, Jésus le retrouva dans le Temple et lui dit :
« Te voilà en bonne santé.
Ne pèche plus, il pourrait t'arriver pire encore. »
L'homme partit annoncer aux Juifs
que c'était Jésus qui lui avait rendu la santé.
Et les Juifs se mirent à poursuivre Jésus
parce qu'il avait fait cela le jour du sabbat.

Désormais, il n'est plus besoin de se jeter dans la piscine de Bézatha et de vouloir le faire avec ses propres forces défaillantes. Jésus est la vraie piscine. La piscine baptismale symbolise cette réalité spirituelle. Le catéchumène plongé dans l'eau baptismale est en fait plongé en Jésus et il en sort renouvelé dans tout son être : "Tu es devenu une création nouvelle, tu as revêtu le Christ." C'est par l'entremise de l'Église, Corps du Christ, que se réalise cette guérison. Chaque sacrement d'ailleurs réactualise cette grâce de Salut ... de Santé profonde. Ce qui est demandé à l'homme, c'est sa foi en Jésus, son adhésion à la guérison : « Est-ce que tu veux retrouver la santé ? » Et le désir, la volonté de prendre le chemin de vie à sa suite : « Te voilà en bonne santé. Ne pèche plus ... » Prends le chemin de l'Amour !

lundi 15 mars 2010

Parole du jour
Jn 4, 43-54
(Lundi 15 mars)

Jésus, après avoir passé deux jours
chez les Samaritains,
partit pour la Galilée.
(Lui-même avait attesté qu'un prophète
n'est pas honoré dans son propre pays.)
Il arriva donc en Galilée ;
les Galiléens lui firent bon accueil,
car ils avaient vu tout ce qu'il avait fait
à Jérusalem pendant la fête de la Pâque,
puisqu'ils étaient allés eux aussi à cette fête.
Ainsi donc Jésus revint à Cana en Galilée,
où il avait changé l'eau en vin.
Or, il y avait un fonctionnaire royal,
dont le fils était malade à Capharnaüm.
Ayant appris que Jésus arrivait de Judée en Galilée,
il alla le trouver ;
il lui demandait de descendre à Capharnaüm
pour guérir son fils qui était mourant.
Jésus lui dit :
« Vous ne pourrez donc pas croire à moins
d'avoir vu des signes et des prodiges ? »
Le fonctionnaire royal lui dit :
« Seigneur, descends, avant que mon enfant ne meure ! »
Jésus lui répond : «Va, ton fils est vivant. »
L'homme crut à la parole que Jésus lui avait dite et il partit.
Pendant qu'il descendait,
ses serviteurs arrivèrent à sa rencontre
et lui dirent que son enfant était vivant.
Il voulut savoir à quelle heure il s'était trouvé mieux.
Ils lui dirent :
« C'est hier, au début de l'après-midi, que la fièvre l'a quitté. »
Le père se rendit compte que c'était justement l'heure
où Jésus lui avait dit : « Ton fils est vivant. »
Alors il crut, avec tous les gens de sa maison.
Tel est le second signe que Jésus accomplit
lorsqu'il revint de Judée en Galilée.

Il est, dans ce récit une parole de Jésus qui surprend et qui nous concerne tous : « Vous ne pourrez donc pas croire à moins d'avoir vu des signes et des prodiges ? ». Au centurion qui lui demande de venir guérir son fils - il va donc croire en voyant le signe de la guérison - Jésus répond par une parole qu'il doit croire sans voir immédiatement ce signe qu'est la guérison.
La foi du centurion se révèle, elle ne s'arrête pas au signe, il croit en la parole de Jésus sans voir son effet : "L'homme crut à la parole que Jésus lui avait dite et il partit." Il ne croit pas dans le signe, mais en Jésus.
Combien souvent nous sommes appelés à croire sans voir dans l'immédiat le résultat de nos demandes. Il est d'ailleurs des demandes que Jésus ne peut réaliser car elles ne correspondent pas à notre bien : " Nous ne savons que demander pour prier comme il faut ..." écrit St Paul. Nous avons besoin de l'Esprit-Saint pour nous inspirer une vraie demande ... (Rm 8, 26).
Certains ne voyant pas arriver le "résultat", se détourne de celui dont ils ont fait un distributeur automatique. La foi s'appuie sur Quelqu'un qui, nous en sommes certain, ne nous laissera pas tomber, même si les apparences peuvent sembler contraire. La Parole de la croix en est le ... signe par excellence : "
Je t'exalte, Seigneur : tu m'as relevé, Quand j'ai crié vers toi, Seigneur, tu m'as guéri ; Seigneur, tu m'as fait remonter de l'abîme et revivre quand je descendais à la fosse." (Ps 29, 2a.3-4)

dimanche 14 mars 2010

Le pardon du Père

Après le commentaire sur les lectures de ce 4ème dimanche de Carême, laissons-nous toucher par celui de St Pierre Chrysologue :

" Je me lèverai et j'irai vers mon père.Celui qui dit ces paroles gisait à terre. Il prend conscience de sa chute, il se rend compte de sa ruine, il se voit enlisé dans le péché et il s'écrie : je me lèverai et j'irai vers mon père.D'où lui vient ces espoir, cette assurance. Cette confiance ?
Du fait même qu'il s'agit de son père.« J'ai perdu, se dit-il, ma qualité de fils ; mais lui n'a pas perdu celle de père. Il n'est point besoin d'un étranger pour intercéder auprès d'un père : c'est l'affection même de celui-ci qui intervient et qui supplie au plus profond de son cœur. Ses entrailles paternelles le pressent à engendrer de nouveau son fils par le pardon. Coupable, j'irai donc vers mon père. »
Et le père, à la vue de son fils, voile immédiatement sa faute. A son rôle de juge il préfère celui de père. Il transforme tout de suite la sentence en pardon, oui qui désire le retour du fils et non sa perte. Il se jeta à son cou et l'embrassa. Voilà comment le père juge et comment il corrige : il donne un baiser au lieu d'un châtiment.La force de l'amour ne tient pas compte du péché, et c'est pourquoi le Père remet d'un baiser la faute de son fils, il le couvre par ses embrassements. Le père ne dévoile pas le péché de son enfant, il ne flétrit pas son fils, il soigne ses blessures de sorte qu'elles ne laissent aucune cicatrice, aucun déshonneur.
Heureux ceux dont la faute est ainsi remise et le péché pardonné. Gardons-nous donc de nous éloigner d'un tel Père.La seule vue de ce Père suffit pour mettre en fuite le péché, pour éloigner la faute et pour repousser tout mal et toute tentation. Mais si nous nous sommes éloignés du Père, si nous avons dissipé tout son bien par une vie dissolue, s'il nous est arrivé de commettre quelque faute ou méfait, si nous sommes tombés dans le gouffre sans méfait, si nous sommes tombés dans le gouffre sans fond de l'impiété et dans une ruine absolue, relevons-nous enfin et revenons à tel Père, encouragés par un tel exemple.
Quand il le vit, il s'attendrit, il s'attendrit, couru se jeter à son cou et l'embrassa. Je le demande, quelle place y aurait-il ici pour le désespoir, quelle occasion pour une excuse ou pour un semblant de crainte ? A moins peut-être que la rencontre avec le Père ne nous fasse peur et que son baiser nous inspire de la crainte ; à moins peut-être que nous croyions que c'est pour prendre et se venger et non pour accueillir et pardonner que le Père vient et attire son enfant par la main.Mais cette pensée destructrice de la vie, cette ennemie de notre salut est mise hors de combat par ce qui suit : Le Père dit à ses serviteurs : Mangeons et faisons liesse. Mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie il était perdu, et le voilà retrouvé.Après avoir entendu cela pouvons-nous encore retarder notre retour vers le Père ? " (PTP de ce 4ème dim. de Carême)

Parole du jour
2 Co 5, 17-21
(Dimanche 14 mars)

Frères, si quelqu'un est en Jésus Christ,
il est une créature nouvelle.
e monde ancien s'en est allé,
un monde nouveau est déjà né.
Tout cela vient de Dieu :
il nous a réconciliés avec lui par le Christ,
et il nous a donné pour ministère de travailler à cette réconciliation.
Car c'est bien Dieu qui, dans le Christ,
réconciliait le monde avec lui ;
il effaçait pour tous les hommes le compte de leurs péchés,
et il mettait dans notre bouche la parole de la réconciliation.
Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ,
et par nous c'est Dieu lui-même qui, en fait,
vous adresse un appel.
Au nom du Christ, nous vous le demandons,
laissez-vous réconcilier avec Dieu.
Celui qui n'a pas connu le péché,
Dieu l'a pour nous identifié au péché des hommes,
afin que, grâce à lui, nous soyons identifiés à la justice de Dieu.

Peut-être attendiez-vous le récit de l'Évangile de "l'Enfant prodigue" ou "Père miséricordieux" selon l'appellation qu'on lui donne (Lc 15, 1-3. 11-32) . Ce récit qui nous concerne tous car nous sommes à la fois les deux fils.
Le fils prodigue qui dilapide l'héritage reçu à son baptême en menant une vie sans attache à la source de la Vie. Jérémie compare celui-là à
"une chamelle écervelée, courant en tous sens" (Jér 2, 23) ... " il se fixe aux lieux brûlés du désert, terre salée où nul n'habite." (Jér 17, 6) Il est dit dans notre Évangile : "Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien." Vivre ainsi une autonomie égocentrique conduit à l'enfermement, la solitude ... la mort. Et il arrive, heureusement, à la métanoïa, à la conversion, au retour à la Maison Paternelle et à un nouveau regard sur le Père : " il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers." Sans même attendre d'explication, celui-ci redonne à l'égaré sa dignité de Fils : " Vite, apportez le plus beau vêtement pour l'habiller. Mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds." Et c'est la Fête ... la Résurrection à l'œuvre !
Et nous sommes aussi le Fils ainé qui travaille non dans une attache du cœur avec son Père, dans la joie d'œuvrer avec lui, mais qui fait son boulot pour la récompense, l'héritage. Il ne se considère pas de la Maison ( "Il y a tant d'années que je suis à ton service sans avoir jamais désobéi à tes ordres ..."), et comme un mercenaire, il fait pour avoir, et ce qu'il attend, c'est du donnant-donnant. Il se trouve parfait et attend une reconnaissance trébuchante en pièces ou nature (un chevreau) pour sa bonne conduite ... Son cœur est aigri : "Il est comme un chardon dans la steppe : il ne ressent rien quand arrive le bonheur ..." (Jér 17, 6) Lui aussi, il est seul et dans l'enfermement et son cas est peut-être plus grave que celui de son frère car il se croit juste et dans la vérité. Ses yeux sont aveuglés ... Ce qui nous rappelle un autre passage de l'Évangile qui trouve ici toute sa signification : " Je ne suis pas venu appeler les justes (ceux qui se croient juste et qui se carapace dans leur fausse justice), mais les pécheurs." (Mt 9, 13) Le Père quand à lui, s'appuyant sur son cœur paternel sans idées de mal et étonné du comportement de son fils, l'appelle à un nouveau regard : "Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi ..."
Les deux, en fait, sont morts, chacun à leur manière, et il faut espérer que le frère ainé soit entré dans la danse ... S'il en est ainsi, la Fête sera double car la parole finale du Père qui fait toute sa joie, nous pourrons l'entendre dite à chacun des deux fils : "Ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé !" Une nouvelle vie de famille peut commencer, une vie en communion ...
Mais, il y a un troisième Fils, celui de la 2ème lettre au Corinthiens. Et ce Fils n'est ni le prodigue, ni l'ainé, il est l'Unique, car sa vie est en pleine consonance avec la vie du Père. C'est Lui qui donne aux deux fils que nous sommes de se réconcilier avec le Père : " Il (le Père) nous a réconciliés avec Lui (le Père) par le Christ (le Fils incarné) ... Car c'est bien Dieu (le Père) qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui ; il effaçait pour tous les hommes le compte de leurs péchés ..." Comment ce Fils s'y est-il pris : " Celui qui n'a pas connu le péché, Dieu (le Père) l'a pour nous identifié au péché des hommes (c'est librement que le Fils Unique prend sur lui l'histoire du prodigue et de l'ainé), afin que, grâce à lui, nous soyons identifiés à la justice de Dieu". Cette "justice" qui n'a rien à voir avec un tribunal, mais qui a signification de "justesse" dans le sens d'un "ajustement" à notre vocation créationnelle de fils, perdue par le péché et retrouvée dans le Fils sans péché : " Si quelqu'un est en Jésus Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s'en est allé, un monde nouveau est déjà né ..."

samedi 13 mars 2010

Parole du jour
Lc 18, 9-14
Samedi 13 mars

Jésus dit une parabole pour certains hommes
qui étaient convaincus d'être justes
et qui méprisaient tous les autres :
« Deux hommes montèrent au Temple pour prier.
L'un était pharisien, et l'autre, publicain.
Le pharisien se tenait là et priait en lui-même :
'Mon Dieu, je te rends grâce
parce que je ne suis pas comme les autres hommes :
voleurs, injustes, adultères, ou encore comme ce publicain.
Je jeûne deux fois par semaine
et je verse le dixième de tout ce que je gagne.'
Le publicain, lui, se tenait à distance
et n'osait même pas lever les yeux vers le ciel ;
mais il se frappait la poitrine, en disant :
'Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis !'
Quand ce dernier rentra chez lui,
c'est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste,
et non pas l'autre. Qui s'élève sera abaissé ; qui s'abaisse sera élevé. »

Deux hommes prient le même Seigneur, dans le même temple. Et pourtant quelle différence dans la connaissance du vrai Dieu, quelle différence d'authenticité dans la prière!

- Pour le pharisien, la prière n'a qu'un pôle: le moi satisfait et sécurisé. Cet homme est, à ses yeux, le seul intact, le seul digne, l'artisan de sa propre perfection.
"Les autres" se laissent compromettre avec l'argent; "les autres" connaissent des aventures avec la femme d'autrui; "les autres" trempent dans des affaires injustes. D'autres encore, comme ce publicain, sont entrés dans le système fiscal de l'occupant, et leur métier leur salit les mains. Tandis que lui, le "séparé", l'homme à part, est demeuré inentamé, inattaquable.

Mais il confond la paix du cœur et l'auto-justification. Pour lui la sainteté consiste à coïncider avec une image gratifiante de lui-même, à remplir les cases qu'il a lui-même tracées.

Il est le seul digne de l'amour de Dieu, ou du moins il a besoin d'être le seul à capter son estime. Il lui faut éliminer les autres pour se sentir aimé du Seigneur; et dès lors l'autre n'est plus le frère, mais le coupable. Il n'a jamais su "être-avec" les autres devant Dieu, et pour se sentir vivre, il lui faut se percevoir comme en dehors de la destinée commune. L'insécurité n'a plus de sens pour lui: il a mis Dieu à son service, il l'a satellisé, à portée de son orgueil.

Désormais toute son assurance repose sur ses œuvres: ses comptes pour le Temple sont en règle, et, une fois la dîme versée, il se sent tranquille pour user de tout le reste comme bon lui semble. Par ailleurs ses jeûnes réguliers le rassurent sur la possession qu'il a de lui-même et le confirment dans son impression d'équilibre et de réussite.

Non content d'introduire dans sa prière tous ses mépris, toutes ses agressivités, non content d'écraser les autres pour se pousser devant Dieu au premier rang, il va s'imaginer que Dieu l'aurait choisi en excluant les autres, comme si le cœur de Dieu était trop petit pour aimer aux dimensions du monde.

- Le publicain, lui, ne vient pas au Temple pour trouver en Dieu un témoin de sa réussite, mais un confident de sa misère. Il se tient à distance, comme un homme qui n'aurait pas droit à l'amour de Dieu; et pourtant il est venu car il sait que l'amour n'est pas une question de droit.

Il n'ose pas lever les yeux, de peur de rencontrer un regard qu'il ne saurait supporter, le regard de Dieu, chargé d'amour, mais d'un amour tellement immérité! Il ne songe même pas à se comparer aux autres, car une première comparaison déjà l'a rendu humble, celle de sa vie lourde et lâche, fausse et mesquine, avec ce qu'il pressent de la bonté de Dieu.

Il a rejoint le sens du péché, qui ne consiste pas à nous imaginer criminel ni à nous charger de misères plus ou moins artificielles, mais à reconnaître humblement, avec une sorte d'évidence, combien le mensonge s'est installé dans nos vies, combien nous avons perdu la hâte du Royaume et combien peu nous savons aimer.

C'est alors que peut monter la vraie prière, celle qui traverse le dépit orgueilleux et exprime la vraie conversion, l'authentique retournement vers Dieu: "Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis!"

- Les années passent, les illusions tombent, le temps se fait court: seule cette prière de pauvre peut nous ouvrir le chemin de la paix, parce qu'elle nous restitue devant Dieu dans notre vérité de créature, dans notre responsabilité de pécheurs, mais aussi dans la certitude de la victoire du Christ et dans l'espérance de ce qu'il nous prépare.

"Qui s'abaisse sera élevé": c'est le Seigneur qui l'a promis,et c'est lui qui le fera. Il saura restaurer dans son amour et élever tout près de lui, sur la même croix et dans la même gloire, ceux qui pour lui se seront abaissés dans l'humilité, la douceur et le service. (anonyme)

vendredi 12 mars 2010

Parole du jour
Mc 12, 28-34
Vendredi 12 mars

Un scribe qui avait entendu la discussion,
et remarqué que Jésus avait bien répondu,
s'avança pour lui demander :
« Quel est le premier de tous les commandements ? »
Jésus lui fit cette réponse :
« Voici le premier : Écoute, Israël :
le Seigneur notre Dieu est l'unique Seigneur.
Tu aimeras le Seigneur ton Dieu
de tout ton cœur,
de toute ton âme,
de tout ton esprit
et de toute ta force.
Voici le second :
Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
Il n'y a pas de commandement plus grand que ceux-là. »
Le scribe reprit :
« Fort bien, Maître,
tu as raison de dire que Dieu est l'Unique
et qu'il n'y en a pas d'autre que lui.
L'aimer de tout son cœur,
de toute son intelligence,
de toute sa force,
et aimer son prochain comme soi-même,
vaut mieux que toutes les offrandes et tous les sacrifices. »
Jésus, voyant qu'il avait fait une remarque judicieuse, lui dit :
« Tu n'es pas loin du royaume de Dieu. »
Et personne n'osait plus l'interroger.

Tout commence par "l'Écoute" : "Écoute Israël ..." Cela revient continuellement dans la Bible, c'est le mot le plus employé. Écouter demande de se décentrer de soi-même pour être tout à celui qui parle et ne pas interférer égocentriquement dans ce qu'il dit. Combien de fois nous avons la réponse avant même que la personne ait fini de parler ! ... Combien de fois nous coupons la parole à une personne avant qu'elle ait fini d'exposer ce qu'elle dit ! Nous sommes centrés sur nous-mêmes et en conversation, non avec l'autre, mais avec nous.
Écouter, c'est respecter celui qui parle et lui donner existence.
Et si nous savons "écouter", nous découvrirons que l'autre, par sa parole nous donne justement existence car sa parole nous construit ... Et lorsqu'il s'agit de Dieu qui parle ! ...
Apprenons à faire silence pour apprendre à écouter. Faire taire le moulin de nos pensées qui s'entrechoquent dans notre tête ... faire taire les sentiments qui montent de notre affectivité ... vivre simplement le présent de la parole de l'autre qui résonne ne nous. Cela demande de prendre du recul par rapport à soi et à ce qui est dit pour mieux l'entendre.

L "écoute" ici, concerne une Parole sur l'amour de Dieu et du prochain. Là encore, un décentrement par rapport à soi-même est essentiel. Aimer l'autre demande de le préférer à soi, de le faire passer avant soi ... C'est ainsi que Jésus défini l'Amour : dans le "service" et le "don de soi". La croix en est la révélation ...
Le premier prochain d'ailleurs, avant d'être l'autre, c'est peut-être soi-même. Savons-nous nous aimer nous-mêmes ? ... Comment aimer autrui si on ne s'aime pas soi-même ? ... Mais Comment s'aimer soi-même ? En se regardant dans le regard de Dieu. L'Évangile nous y invite constamment. Comment Jésus regarde-t-il la samaritaine, les publicains Matthieu et Zachée, la femme adultère, Marie Madeleine de qui il a chassé sept démons, la cananéenne, Pierre qui l'a renié ... Et puis en regardant la croix où à travers un regard qui se brouille, Jésus nous rend à la pleine lumière et nous ouvre les yeux du cœur ...
Nous laisser ainsi regarder dans la lumière de l'Amour Divin :
"Tu les as aimé comme tu m'as aimé", (Jn 17, 23) , nous enseignera à regarder les autres dans un regard qui ressemblera au sien ...

jeudi 11 mars 2010

Parole de Dieu
Lc 11, 14-21
(Jeudi 11 mars)

Jésus expulsait un démon
qui rendait un homme muet.

Lorsque le démon fut sorti,
le muet se mit à parler,
et la foule fut dans l'admiration.
Mais certains se mirent à dire :
« C'est par Béelzéboul, le chef des démons,
qu'il expulse les démons. »
D'autres, pour le mettre à l'épreuve,
lui réclamaient un signe venant du ciel.
Jésus, connaissant leurs intentions, leur dit :
« Tout royaume divisé devient un désert,
ses maisons s'écroulent les unes sur les autres.
Si Satan, lui aussi, est divisé,
comment son royaume tiendra-t-il ?
Vous dites que c'est par Béelzéboul que j'expulse les démons.
Et si c'est par Béelzéboul que moi,
je les expulse, vos disciples, par qui les expulsent-ils ?
C'est pourquoi ils seront eux-mêmes vos juges.
Mais si c'est par le doigt de Dieu que j'expulse les démons,
c'est donc que le règne de Dieu est survenu pour vous.

Il y a toute une symbolique du muet. Le muet, c'est celui qui, évidemment ne peut parler. Ceci nous rappelle Zacharie qui par son manque de foi en la Parole de Dieu devient muet (Lc 1, 18-21) . La foi qui s'appuie sur la Parole de Dieu donne de s'ajuster sur cette Parole et d'en vivre, c'est-à-dire de la faire entendre à travers sa propre vie. La non-foi rend muet car la Parole de Dieu, rejetée, ne peut se dire à travers celui à qui elle était destinée.
Jésus va dire par qui il expulse les démons. S'il le fait au nom du démon lui-même appelé ici Béelzéboul, nom dédaigneux que les juif lui donnaient et qui signifie "prince des mouches", c'est que le démon est perdu puisqu'il se chasse lui-même. Jésus agit par ce qu'il appelle "le doigt de Dieu". Qu'est-ce donc que ce "doigt de Dieu" ? Dans l'Ancien Testament, en Exode 31, 18, nous trouvons le passage suivant : "Quand Yahvé eut fini de parler avec Moïse sur le mont Sinaï, Il lui remit les deux tables du Témoignage (les dix commandements) , tables écrites du "doigt de Dieu". En Deutéronome 9, 10 : "Yahvé m'avait donné les deux tables écrites du "doigt de Dieu", conformes en tout point aux paroles qu'Il vous avait dites du milieu du feu, sur la montagne, au jour de l'Assemblée." "Le doigt de Dieu" est en lien avec la Parole de Dieu reçue au Sinaï par Moïse et écrite sur les deux tables de l'Alliance, Parole que Dieu veut déposer dans le cœur de l'homme, écrire sur son cœur ( Jér. 31, 33) , inscrire, graver dans ses pensées. (He 10, 16) ...
Dans l'Évangile selon St Matthieu, en 12, 28, pour le même texte que celui de l'Évangile de ce jour, il est écrit : "Si c'est par l'Esprit de Dieu que j'expulse les démon ..." Le "doigt de Dieu", c'est "l'Esprit de Dieu", ce Souffle de Dieu qui porte la Parole de Dieu et l'imprime dans le cœur de l'homme pour que celui-ci la proclame par sa bouche, mais plus particulièrement encore par toute sa vie. C'est le sens du récit de la Pentecôte (Ac 2, 1 sq) ... "La Parole est tout près de toi, sur tes lèvres et dans ton cœur, entends la Parole de la Foi que nous prêchons ..." (Rm 10, 8)

dimanche 7 mars 2010

Parole de Dieu
Ex 3, 1 sq
Dimanche 7 mars

L'ange du Seigneur lui apparut au milieu
d'un feu
qui sortait d'un buisson.
Moïse regarda :
le buisson brûlait sans se consumer.
Moïse se dit alors :
« Je vais faire un détour pour voir cette chose extraordinaire :
pourquoi le buisson ne brûle-t-il pas ? »
Le Seigneur vit qu'il avait fait un détour

pour venir regarder,
et Dieu l'appela du milieu du buisson :

« Moïse ! Moïse ! »
Il dit :
« Me voici ! »

Dieu dit alors :
« N'approche pas d'ici !
Retire tes sandales,
car le lieu
que foulent tes pieds est une terre sainte !
Je suis le Dieu de ton père, Dieu d'Abraham,

Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob. »

Moïse se voila le visage
car il craignait
de porter son regard sur Dieu.

Le Seigneur dit à Moïse :

« J'ai vu, oui, j'ai vu la misère de mon peuple

qui est en Égypte, et j'ai entendu ses cris

sous les coups des chefs de corvée.

Oui, je connais ses souffrances.

Je suis descendu pour le délivrer de la main
des Égyptiens
et le faire monter
de cette terre
vers une terre spacieuse et fertile,
vers une terre ruisselant de lait et de miel,
vers le pays de Canaan.
Et maintenant, va !
Je t'envoie chez Pharaon :

tu feras sortir d'Égypte mon peuple, les fils d'Israël. »


Nous sommes un peu comme ces buissons couverts d'épines et qu'il faut éviter de toucher. Qui s'y frotte s'y pique" dit-on. Épines de notre péché ... "Si nous restons repliés sur notre péché, (sur nos épines) , écrit le P. Joseph-Marie, sur nos échecs, sur notre médiocrité,… notre vie sera médiocre, nous ne ferons que prolonger la série des échecs, et cette triste aventure nous conduira à périr lamentablement, c'est-à-dire à sombrer dans une mort insensée. Mais si nous tournons les regards vers la lumière qui luit déjà dans nos ténèbres, (si nous laissons le Feu Divin embraser le buisson que nous sommes) nous deviendrons participants de la lumière, nous deviendrons des fils de lumière, des fils du Jour qui ne finira pas. La mort n’aura sur nous plus aucune emprise puisque nous serons passés de la mort à la vie dans le Christ. Le carême ne nous est pas donné pour nous appesantir sur notre péché au risque de sombrer dans la désespérance ; nous sommes invités à nous rendre au désert pour y contempler cette chose merveilleuse : notre vie transfigurée par un feu qui brûle en nous sans nous consumer. La semaine passée nous avons contemplé Jésus transfiguré sur la Montagne sainte ; aujourd’hui nous sommes invités à accueillir cette même lumière dans nos vies ; ou plutôt à prendre conscience que ce Feu brûle déjà en nous, et qu’il ne tient qu’à nous qu’il embrase toute notre vie." Rappelons-nous les disciples d'Emmaüs. Ils étaient dans la tristesse et le désespoir. Ils ne reconnaissent pas Jésus qui chemine avec eux. Ils le reconnaîtront après que celui-ci ait commenté les Écritures sur ce qui le concernait et rompu le pain : "Notre cœur n'était-il pas tout brûlant .." Pour nous, tout un chemin ...

samedi 6 mars 2010

Parole du jour
Lc 15, 1-3. 11-24
Samedi 6 mars

Les publicains et les pécheurs venaient
tous à Jésus pour l'écouter.

Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui :
« Cet homme fait bon accueil aux pécheurs,
et il mange avec eux ! »

Alors Jésus leur dit cette parabole :


« Un homme avait deux fils.
Le plus jeune dit à son père :
'Père, donne-moi la part d'héritage qui me revient.'
Et le père fit le partage de ses biens.

Peu de jours après,
le plus jeune rassembla tout ce qu'il avait,
et partit pour un pays lointain
où il gaspilla sa fortune en menant une vie de désordre.

Quand il eut tout dépensé,
une grande famine survint dans cette région,
et il commença à se trouver dans la misère.

Il alla s'embaucher chez un homme du pays
qui l'envoya dans ses champs garder les porcs.

Il aurait bien voulu se remplir le ventre
avec les gousses que mangeaient les porcs,
mais personne ne lui donnait rien.
Alors il réfléchit :
'Tant d'ouvriers chez mon père ont du pain en abondance,
et moi, ici, je meurs de faim !

Je vais retourner chez mon père, et je lui dirai :
Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi.

Je ne mérite plus d'être appelé ton fils.
Prends-moi comme l'un de tes ouvriers.'

Il partit donc pour aller chez son père.
Comme il était encore loin,
son père l'aperçut et fut saisi de pitié ;
il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.

Le fils lui dit : 'Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi.
Je ne mérite plus d'être appelé ton fils...'

Mais le père dit à ses domestiques :
'Vite, apportez le plus beau vêtement pour l'habiller.
Mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds.

Allez chercher le veau gras, tuez-le ; mangeons et festoyons.
Car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ;
il était perdu, et il est retrouvé.' Et ils commencèrent la fête.


Dans cette Parabole, il s'agit de notre histoire à tous. L'enfant prodigue, ne serait-ce pas l'humanité toute entière, souillée par le péché. Une humanité qui s'est accaparée l'héritage avant l'heure et qui, au lieu de conduire la planète et le monde à la beauté, les pille et salit à son profit. Où l'homme est devenu un loup pour l'homme et ne reconnaît plus en l'autre son frère ... Dieu qui a donné le libre arbitre à l'homme ne peut magiquement tout remettre en ordre. Il a laissé à l'homme le choix, ne voulant pas en faire un robot mais un interlocuteur. Il croyait que l'homme ne couperait pas la relation et se laisserait guider par son cœur, ce cœur lieu de la rencontre avec Lui et de l'amour, écrin de la beauté ... Il croyait que l'homme se laisserait guider par sa conscience, mot qui signifie "science avec", c'est-à-dire "à deux" l'homme et Dieu lui inspirant ce qui était bon et beau. Le péché à tout terni. L'homme a rompu la relation, il a quitté la Maison Paternelle pour "faire sa vie". Son cœur est dans la misère, dévasté ... Cette humanité, cet homme qui est chacun d'entre nous ...
Mais l'espérance d'un monde meilleur reste comme une lumière vacillante au plus profond de l'homme, dernières étincelles de ses origines et Dieu veut rallumer le feu de sa mémoire. et de son cœur. Comme ce Père miséricordieux, il est toujours au bout du chemin attendant l'enfant prodigue, sans jugement ni amertume. Il suffit de se reconnaître pécheur et de se jeter dans ses bras pour retrouver la dignité de fils.

Mais ne voyant pas revenir ses fils adoptifs, il va envoyer à leur recherche son propre Fils pour les appeler à la miséricorde et au retour ... Nous savons ce qu'ils ont fait à ce Fils. La croix sera pour Lui le bout du chemin, cette Croix dont il va se servir pour leur frayer le chemin du retour ... Chacun est appeler à le prendre : "Je suis le chemin, la vérité et la vie, nul ne va au Père que par moi" (Jn 14, 6) ... "Toi, suis-moi !"

vendredi 5 mars 2010

Parole du jour
Mt 21, 33-43
Vendredi 5 mars

Jésus disait aux chefs des prêtres et aux pharisiens :
« Écoutez une autre parabole :
Un homme était propriétaire d'un domaine ;
il planta une vigne, l'entoura d'une clôture,
y creusa un pressoir et y bâtit une tour de garde.
Puis il la donna en fermage à des vignerons, et partit en voyage.
Quand arriva le moment de la vendange,
il envoya ses serviteurs auprès des vignerons
pour se faire remettre le produit de la vigne.
Mais les vignerons se saisirent des serviteurs,
frappèrent l'un, tuèrent l'autre, lapidèrent le troisième.
De nouveau, le propriétaire envoya
d'autres serviteurs plus nombreux que les premiers ;
mais ils furent traités de la même façon.
Finalement, il leur envoya son fils, en se disant :
'Ils respecteront mon fils.'
Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux :
'Voici l'héritier : allons-y ! tuons-le, nous aurons l'héritage !'
Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent...

Quand Jésus, Fils de Dieu, durant son parcours terrestre, annonce sa mort prochaine, Il ne l'annonce pas seulement par des paroles prophétiques, Il l'annonce aussi quelquefois par des paraboles. Cette parabole sur les vignerons homicides est une des paraboles les plus bouleversantes et les plus immédiatement compréhensibles dans laquelle nous pouvons reconnaître avec certitude le fils du père de famille qui plante une vigne, ce fils qui est lapidé et mis à mort.

Cette parabole des vignerons se rattache au thème biblique de la vigne, particulièrement aimé par les prophètes. Pour mieux la situer dans la grande perspective de l'amour nuptial de Dieu envers son peuple d'Israël, ce peuple que les prophètes comparent justement à une vigne , je voudrais vous lire un court extrait du prophète Isaïe. Vous allez voir la ressemblance frappante entre cette prophétie d'Isaïe et la parabole des évangiles :

" Que je chante à mon ami le chant de son amour pour sa vigne ! Mon ami avait une vigne sur un coteau fertile, il la bêcha, il l'épierra, il y planta du muscat, au milieu il bâtit une tour, et il y creusa même une cuve. Il en espérait du raisin mais elle lui donna du verjus. Et maintenant, habitants de Jérusalem et gens de Juda, soyez juges, je vous prie, entre ma vigne et moi, vous-mêmes soyez juges ..." Et, conclut le prophète Isaïe, "la vigne de Yahvé Sabaoth, c'est la maison d'Israël et les gens de Juda en sont le plant choisi. Il en attendait l'innocence et c'est du sang, il en attendait le droit et c'est le cri d'effroi. " (Is 5, 1sq)

Nous voyons que Jésus reprend cette prophétie d'Isaïe. Il l'applique à la situation concrète où, au terme de l'histoire d'Israël, les prophètes ont été mis à mort, la prophétie en Israël s'est éteinte, que le dernier, le plus grand des prophètes, Jean-Baptiste, a été mis à mort, enfin Lui-même, Jésus, qui s'annonce comme LE prophète en reprenant à son propre compte les prophéties anciennes.

Nous voyons que Jésus nous parle d'une part des vignerons qui sont les chefs du peuple, et d'autre part des serviteurs en nombre croissant qui sont les prophètes, maltraités, chassés, vilipendés, mis à mort, et finalement du fils. On ne peut pas ne pas voir dans ce fils Jésus Lui-même, le Fils de Dieu devenu fils de l'homme pour notre salut, qui s'est abaissé et qui est descendu jusqu'à la vigne, espérant qu'en Le voyant les vignerons, les serviteurs, les chefs du peuple Le reconnaîtraient, L'écouteraient et Le suivraient ...

La seule reconnaissance qu'ils auront pour Lui est celle-ci : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! » Ce qui rappelle l'exclamation de la parabole : « Venez, tuons-le ! ». De même le passage « ils le jetèrent hors de la vigne » et le tuèrent : « hors de la vigne », annonce que c'est aussi « hors des murs de Jérusalem » que le Christ sera mis à mort.

Cette parabole terrible est une parabole dans laquelle Jésus, non seulement annonce Sa mort prochaine, mais identifie les vignerons. Il désigne dans les vignerons ceux qui sont à la tête du peuple, ces pasteurs qui ont été appelés pour paître le troupeau de Dieu, pour paître les brebis et les agneaux et qui se sont accaparés l'héritage en s'en faisant les maîtres au détriment de ceux-ci.

Dans la suite du texte de l'Évangile, Jésus explique que "la vigne sera donnée en fermage à d'autres vignerons qui en remettront le fruit en temps voulu. " Il s'agit de l'Église, Nouvel Israël dont il sera la "Pierre Angulaire" ...

Mais, la tentation d'hier demeure la tentation d'aujourd'hui et de toujours. L'Église est appelée à constamment se remettre en question pour éviter de crucifier Celui qu'elle est appelée à annoncer. Elle doit constamment se purifier pour ne pas montrer de Jésus un visage défiguré , mais celui de l'Amour révélé.

Et à nous qui en sommes membres, nous qui montons vers Jérusalem pour y fêter la Pâques du Seigneur, le Carême nous appelle à vraiment nous mettre à la suite de Jésus en nous laissant libérer de ces comportements qui le crucifie en nous au lieu de témoigner de sa vie offerte à tous.

jeudi 4 mars 2010

Parole du jour
Lc 16, 19-31
(Jeudi 4 mars)

Jésus disait cette parabole :
« Il y avait un homme riche, qui portait des vêtements de luxe
et faisait chaque jour des festins somptueux.

Un pauvre, nommé Lazare, était couché
devant le portail, couvert de plaies.
Il aurait bien voulu se rassasier
de ce qui tombait de la table du riche ;
mais c'étaient plutôt les chiens qui venaient lécher ses plaies.

Or le pauvre mourut,
et les anges l'emportèrent auprès d'Abraham.
Le riche mourut aussi, et on l'enterra.

Au séjour des morts, il était en proie à la torture ;
il leva les yeux et vit de loin Abraham
avec Lazare tout près de lui.

Alors il cria : 'Abraham, mon père,
prends pitié de moi et envoie Lazare tremper dans l'eau
le bout de son doigt pour me rafraîchir la langue,
car je souffre terriblement dans cette fournaise.

- Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi :
Tu as reçu le bonheur pendant ta vie,
et Lazare, le malheur.
Maintenant il trouve ici la consolation,
et toi, c'est ton tour de souffrir.

De plus, un grand abîme a été mis entre vous et nous,
pour que ceux qui voudraient aller vers vous ne le puissent pas,
et que, de là-bas non plus, on ne vienne pas vers nous.'

Le riche répliqua : 'Eh bien ! père,
je te prie d'envoyer Lazare dans la maison de mon père.

J'ai cinq frères : qu'il les avertisse
pour qu'ils ne viennent pas, eux aussi,
dans ce lieu de torture !’

Abraham lui dit : 'Ils ont Moïse et les Prophètes :
qu'ils les écoutent !

- Non, père Abraham, dit le riche,
mais si quelqu'un de chez les morts vient les trouver,
ils se convertiront.'
Abraham répondit :
'S'ils n'écoutent pas Moïse ni les Prophètes,
quelqu'un pourra bien ressusciter d'entre les morts :
ils ne seront pas convaincus.' »


Dans cette parabole de l’Évangile, Jésus insiste encore une fois sur un thème qui Lui est cher soit l’amour du prochain et Il prévient les bien nantis - et il est bien des façons d'être riche - que le piège à éviter est celui de l’indifférence, l’indifférence aux besoins d’autrui, à ses besoins vitaux certes, mais aussi à ses besoins essentiels notamment d’être vu, d’être reconnu, d’être entendu… d’être aimé.
De plus, Il nous rappelle que les premiers en ce monde seront les derniers dans l’autre s’ils n’ont pas l’amour du prochain.
Mais qui est mon prochain?
Je serais tenté de répondre ceux de qui je suis proche, mais n’est-ce pas justement le contraire, ceux de qui je ne me sens pas proche et de qui je devrais me faire proche?
Le riche également demande des signes, des avertissements pour ses frères afin qu’ils puissent être sauvés. En guise de réponse, il reçoit cette prophétie : « … quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus ».
N’est-ce pas ce qui se passe aujourd’hui alors que même si Jésus est ressuscité, plusieurs exigent encore des signes, des preuves pour croire?
Se rapprocher du prochain, c’est se rapprocher de Dieu et se rapprocher de Dieu, c’est se rapprocher du prochain : "Ce que vous avez fait à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait"
. (Mt 25, 40) Et dans la Première Lettre de St Jean : "Celui qui dit 'j'aime Dieu et qui n'aime pas son frère est un menteur. Celui qui n'aime pas son frère qu'il voit ne saurait aimer Dieu qu'il ne voit pas." (1 Jn 4, 20) (Robert)

mercredi 3 mars 2010

Parole du jour
Mt 20, 17-28
Mercredi 3 mars

Au moment de monter à Jérusalem,
Jésus prit à part les Douze et,
pendant la route, il leur dit :
« Voici que nous montons à Jérusalem.
Le Fils de l'homme sera livré
aux chefs des prêtres et aux scribes,
ils le condamneront à mort et le livreront aux païens
pour qu'ils se moquent de lui, le flagellent et le crucifient,
et, le troisième jour, il ressuscitera. »
Alors la mère de Jacques et de Jean, fils de Zébédée,
s'approcha de Jésus avec ses fils
et se prosterna pour lui faire une demande.
Jésus lui dit : « Que veux-tu ? »
Elle répondit : « Voilà mes deux fils :
ordonne qu'ils siègent, l'un à ta droite
et l'autre à ta gauche, dans ton Royaume. »
Jésus répondit :
« Vous ne savez pas ce que vous demandez.
Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire ? »
Ils lui dirent : « Nous le pouvons. »
Il leur dit : « Ma coupe, vous y boirez ;
quant à siéger à ma droite et à ma gauche,
il ne m'appartient pas de l'accorder ;
il y a ceux pour qui ces places
sont préparées par mon Père. »
Les dix autres avaient entendu,
et s'indignèrent contre les deux frères.
Jésus les appela et leur dit :
« Vous le savez : les chefs des nations païennes
commandent en maîtres,
et les grands font sentir leur pouvoir.
Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi :
celui qui veut devenir grand sera votre serviteur ;
et celui qui veut être le premier sera votre esclave.
Ainsi, le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi,
mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

Les disciples de Jésus ont vraiment l'esprit bouché. Ils n'entendent pas. Ou plutôt, ils s'écoutent eux-mêmes et prennent leurs rêves pour des réalités. Ils envoient leur mère pensant que Jésus se laisserait fléchir par une femme. Mais c'est leur désir qu'elle exprime : « Voilà mes deux fils : ordonne qu'ils siègent, l'un à ta droite et l'autre à ta gauche, dans ton Royaume. » De quel royaume parle-t-il ? Du royaume terrestre bien-sûr ! Et Jésus ? "Mon Royaume n'est pas de ce monde." (Jn 18, 16) Jésus et ses disciples ne sont pas au même diapason. Les disciples rêve de domination et d'honneur. Jésus, lui parle de déshonneur, de souffrances et de mort ... S'il y a une victoire, elle est toute intérieure : "Son royaume n'est pas de ce monde." Et il va leur expliquer : " ... les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous il ne doit pas en être ainsi." Le plus grand, c'est le serviteur. Voici le nouveau monde, le Royaume de Jésus : "Voici que je fais toutes choses nouvelles." (Ap 21, 7) Inauguration en Jésus de la Nouvelle Alliance, celle de l'Amour bien compris, de l'Amour en vérité : "le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude." Or "le disciple n'est pas plus grand que son Maître, il est comme son Maître." (Mt 10, 24) Et Jésus ajoute en priant pour ses disciples : "Ils sont dans le monde, mais ils ne sont pas du monde." (Jn 17, 11. 14) L'Évangile nous avertit de ne pas nous tromper de Royaume !

mardi 2 mars 2010

Parole de Dieu
Mt 23, 1-12
Mardi 2 mars

Alors Jésus déclara à la foule et à ses disciples :
« Les scribes et les pharisiens
enseignent dans la chaire de Moïse.
Pratiquez donc et observez tout ce qu'ils peuvent vous dire.
Mais n'agissez pas d'après leurs actes,
car ils disent et ne font pas.
Ils lient de pesants fardeaux
et en chargent les épaules des gens ;
mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt.
Ils agissent toujours pour être remarqués des hommes :
ils portent sur eux des phylactères très larges
et des franges très longues ;
ils aiment les places d'honneur dans les repas,
les premiers rangs dans les synagogues,
les salutations sur les places publiques,
ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi.
Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi,
car vous n'avez qu'un seul enseignant, et vous êtes tous frères.
Ne donnez à personne sur terre le nom de père,
car vous n'avez qu'un seul Père, celui qui est aux cieux.
Ne vous faites pas non plus appeler maîtres,
car vous n'avez qu'un seul maître, le Christ.
Le plus grand parmi vous sera votre serviteur.
Qui s'élèvera sera abaissé, qui s'abaissera sera élevé.

"Ils lient de lourds fardeaux ..." sur les autres ... cherchent à "être remarqués ..." des autres ... "ils aiment les places d'honneur ... les premiers rangs ... les salutations ..." au détriment des autres ... Et bien-sûr à recevoir un nom qui les place au-dessus ... des autres ... En fait, ils n'existent que par ... les autres, les autres dont ils se fichent éperdument. Ils en font leurs adulateurs et même leurs esclaves. Le prophète Jérémie dit de ces gens-là : "Maudit soit l'homme qui met sa confiance dans un mortel,qui s'appuie sur un être de chair, tandis que son cœur se détourne du Seigneur. Il sera comme un buisson sur une terre désolée,il ne verra pas venir le bonheur. Il aura pour demeure les lieux arides du désert,une terre salée et inhabitable." (Jér 17, 1-2) Ils se croient fort mais ils sont faibles car ils remettent leur existence entre les mains d'êtres de chair ... qu'ils écrasent en plus. Cette existence, ils ne la trouve pas en eux-mêmes, mais à l'extérieur d'eux-mêmes dans des réalités changeantes et passagères. Combien de potentats se sont retrouvés dans la poussière ? ... Attention de ne pas être de ces gens-là ! ... Jésus dira d'eux : "Comment pouvez vous croire, vous qui cherchez votre gloire les uns des autres, et ne cherchez pas le gloire qui vient du Dieu unique ?" (Jn 5, 44)
Jésus, Lui, ne recherche pas sa gloire, mais celle du Père. Cette gloire, c'est sa Mission : le Salut des hommes ... des autres. C'est aussi, à sa suite, la Mission de l'Église ... notre Mission. Elle se résume dans le "nouveau" commandement qui résume toute l'Ecriture : "Aimez-vous les uns les autres de l'amour dont je vous ai aimés ... " (Jn 13, 34)
La Croix en est le signe ...

lundi 1 mars 2010

Parole du jour
Lc 6, 36-38
Lundi 1er Mars

Jésus disait à la foule :
« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux.
Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ;
ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés.
Pardonnez, et vous serez pardonnés.

Donnez, et vous recevrez :

une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante,
qui sera versée dans votre tablier ;
car la mesure dont vous vous servez
pour les autres servira aussi pour vous. »


La notion de « miséricorde » a connu un développement, dans notre culture, qui voile la richesse qu'elle possède dans la tradition biblique. En effet, pour nous, la miséricorde signifie la sensibilité à la misère d'autrui ou la pitié par laquelle on pardonne au coupable. La notion biblique de « miséricorde » est beaucoup plus vaste.

Le mot hébreux "rahamim" est un pluriel qui signifie « entrailles ». Les hébreux considéraient que les entrailles, en tant que siège de tous les sentiments, pouvaient s'émouvoir sous le coup de la douleur ou d'une peine. C'est peut-être en ressentant des « papillons dans le ventre », comme on dit, qu'ils en étaient arrivés à considérer la miséricorde, comme un sentiment qui a son origine au sein même de la personne. La miséricorde apparaît alors comme l'attachement d'un être à un autre. Mais le terme rahamim désigne surtout l'attachement qui unit Dieu à l'être humain, comme si les « entrailles de Dieu » frémissaient en pensant à l'homme. Ainsi Dieu s'émeut avec tendresse comme un père ou une mère à l'égard de leurs enfants.

Un autre terme accompagne souvent la « miséricorde »: c'est hesed. Il s'agit de la relation qui unit deux personnes et implique la fidélité et l'obligation de venir en aide. La miséricorde unie à la fidélité devient une bonté consciente et voulue qui répond à un devoir intérieur. La personne qui agit avec miséricorde témoigne alors d'une grande fidélité à la relation qui l'unit à quelqu'un d'autre. Il en est ainsi de la miséricorde de Dieu.

Dieu manifeste sa miséricorde chaque fois qu'il vient en aide à son peuple ou à un individu. Il a alors une prédilection pour le pauvre, la veuve, l'orphelin. Ces personnes vivent habituellement dans la plus grande indigence, puisqu'elles ont perdu le soutien qui d'un mari, qui d'un père. Pour Israël, la manifestation par excellence de la miséricorde de Dieu fut l'exode. La libération de la servitude en Égypte est le modèle de toutes les autres manifestations de la miséricorde de Dieu.

Il n'y a pas que la misère ou les malheurs de l'homme qui bouleversent Dieu. Il y a surtout la condition de l'homme pécheur. La miséricorde dans ce cas, n'ignore pas la gravité de la rupture due au péché, mais elle se traduit par la patience, la volonté ferme d'amener les humains à la conversion et de leur accorder son pardon. En Israël, on en vient à penser que la miséricorde est un acte proprement divin. Elle est le signe de la toute-puissance de l'amour de Dieu. Seul le cœur endurci et rebelle peut limiter l'exercice de la miséricorde de Dieu. Les prophètes enseignent que la pratique de la miséricorde et de la tendresse entre les membres du peuple est préférable à tous les sacrifices où le cœur est absent. En raison des liens créés par l'Alliance, personne ne peut se dérober à son devoir d'amour envers le prochain.

Jésus reprendra cet enseignement des prophètes, en affirmant qu'il n'est pas venu pour les justes qui ne sentent aucun besoin de conversion, mais pour les pécheurs qui ont besoin de connaître la miséricorde de Dieu. Il ira cependant plus loin en invitant ses disciples à agir avec miséricorde à l'égard de tout être humain, même l'ennemi. Il faut être miséricordieux comme notre Père du ciel est miséricordieux. Comme lui, il faut que nos entrailles frémissent devant autrui.

C'est par la pratique de la miséricorde que les disciples de Jésus révèlent qu'ils sont en communion avec Dieu. C'est la condition essentielle pour entrer dans le Royaume. (Yves Guillemette, ptre)